Chroniques

La Chronique d’Els de P@ris : ABUS DE FAIBLESSE (ST-USAP, 21e journée)

Une semaine après avoir frisé la correctionnelle contre des Brivistes qui, malgré leur costume rappelant celui des bagnards, se sont quasiment acquittés de leurs obligations pour le maintien, notre équipe se trouvait convoquée chez ce qui fut pendant longtemps, et le reste encore un peu, le juge de paix du Top 14, j’ai nommé le redoutable Stade toulousain. Alors bien sûr, on pouvait se remémorer la façon dont nos joueurs avaient mis à l’amende cette terrible équipe l’année dernière, on pouvait se remémorer le match aller, gagné non sans une certaine réussite, pour se rassurer et se dire que la confrontation ne serait pas si terrible…
N’empêche, deux éléments tombaient à charge dans ce dossier. D’abord, l’absence de doublons, si elle nous aide quand même un peu, remplumait considérablement nos adversaires avec le retour de tous leurs ténors du barreau, et notamment un Louis Picamoles sans doute vexé d’avoir subi une double peine en équipe de France. Si on ajoutait à cela le retour de blessure de Luke McAlister, on pouvait imaginer que l’USAP aurait du mal à éviter la condamnation, d’autant que les Stadistes semblent être sur une pente ascendante, comme souvent quand les beaux jours reviennent.
Pourtant, notre équipe ne partait pas sans défense, avec le retour de ses internationaux, mais aussi d’un élément aussi majeur que peut l’être Bertrand Guiry. Le pack semblait assez puissant pour soutenir la comparaison, et si personne n’osait rêver d’un nouvel hold-up en terre occitane, on pouvait tout à fait imaginer obtenir les circonstances atténuantes sous la forme d’un bonus défensif. En outre, la perspective de deux bonnes semaines de relâche pouvait inciter tout le monde à jouer sa carte à fond.
Quoiqu’il en soit, à défaut d’un match vital pour éviter une sentence sans appel en fin de saison, la séance au tribunal Ernest-Wallon pouvait faire figure de test grandeur nature de la résistance de nos protégés à un réquisitoire qu’on espérait pas si implacable qu’annoncé…

Le premier problème à éviter dans ce genre de match est d’éviter une condamnation en comparution immédiate. Les cinq premières minutes donnaient plutôt le bénéfice du doute, avec une USAP bien en place et un ping pong rugby peu effrayant a priori. Hélas, il ne fallait pas plus de ces 5 minutes pour rappeler à tout le monde qu’on était dans la juridiction des stadistes. Pour une charge un peu virile, notre poutre Romain Tao se voyait infliger 10 minutes de cellule, punition bien sévère en début de session.
Les Toulousains en profitaient pour lancer leur réquisitoire, avec des arguments de poids, et la défense de l’USAP, malgré toute sa vaillance, montrait ses limites habituelles, entre manque de puissance en un contre un et incapacité à monter avec agressivité pour couper la chique aux velléités adverses. Mc Alister ratait la pénalité, mais ce n’était qu’un sursis. Sur le renvoi, nos joueurs ne trouvaient pas la touche, et la sanction tombait, implacable, sous la forme d’un essai de pénalité suite à une belle passe au pied de maître McAlister. Et comme si cela ne suffisait pas, Richard Haughton quittait ses coéquipiers une nouvelle fois. On pouvait alors penser que la soirée allait ressembler à une longue garde à vue…
Pourtant, la réaction de nos joueurs pouvait quelque peu rassurer, notamment en conquête : une touche dominatrice, une mêlée où Jgenti punissait son vis-à-vis, en fait tout ce qui fait normalement la base d’une domination nette. Hélas, hormis quelques pénalités récupérées, l’USAP passait son temps à rebondir sur la défense toulousaine, alors que, dans le sillage d’un Picamoles littéralement implacable, les Toulousains mettaient le feu à notre ligne de défense sur les quelques ballons qu’ils touchaient. Et si les phases statiques et les fautes toulousaines nous permettaient de passer devant, on sentait bien qu’on était dans l’illusion…
D’ailleurs, le rappel à la loi ne tardait pas : les ¾ Toujlousains s’amusaient dans notre défense, nos joueurs n’arrivant toujours pas à imposer leur loi (si tant qu’ils aient un code de défense civile bien rédigé et organisé…), et le ballon rebondissait jusqu’à l’aile gauche où Bregvadze marquait sans grande difficulté. Une dernière action manquait de plier définitivement les débats, avant qu’une ultime pénalité ne ramène le score à un écart plus conforme à la différence de valeur entre les deux équipes, malgré la résistance et la vaillance de nos joueurs.

À la mi-temps, la jurisprudence était plus vraie que jamais. Pour résister au Stade Toulousain, voire le vaincre, il faut réaliser une saisie conservatoire sur le ballon, ou sinon créer une barricade infranchissable et attendre un vide juridique dans le système stadiste. Pour la barricade, on avait compris qu’on repasserait, mais en voyant notre mêlée pénalisée et prendre 3 points d’amende en plus, on ne pouvait s’empêcher d’être de plus en plus inquiet.

Pourtant, la conquête tenait, et l’USAP continuait à gêner son adversaire en touche. Mais dire que les Toulousains semblaient inquiétés aurait valu à l’auteur de ces lignes une procédure en diffamation méritée. Car on voyait bien qu’à chaque intervention des locaux, on était au bord du verdict. Un sauvetage miraculeux de Narraway retardait l’échéance, et sur les ballons offensifs de nos joueurs, une terrible impression d’impuissance, d’absence à peu près totale d’arguments malgré la volonté de joueurs comme Joffrey Michel, était présentée au jury…
Et l’inévitable finissait par arriver à un quart d’heure de la fin des débats. Picamoles faisait une nouvelle fois exploser notre ligne de défense, même si la façon dont il se relevait semblait répréhensible, et l’étudiant Camara finissait le travail, faisant s’appliquer la loi sur le bonus offensif. C’était alors la curée, la résistance de nos joueurs finissant par s’étioler face à un verdict désormais déjà écrit. Vincent Clerc en profitait dans un premier temps, puis c’était à la future star des prétoires Gaël Fickou d’enfoncer le clou sur une action de 80 mètres où le différentiel de puissance apparaissait tel qu’on en était presque à accorder une aide juridictionnelle à notre équipe. Pourtant, le juge refusait de valider notre baroud d’honneur, qui n’avait pourtant pas d’autre enjeu que de passer un peu de pommade sur des fesses bien rougies…

À l’arrivée, le jugement était sans appel, mais plus que le score, qui semblait presque écrit à l’avance au vu des enjeux et des trajectoires des deux équipes, c’est la manière qui interroge. Car jamais, malgré une domination certaine en mêlée et en touche, et donc beaucoup de ballons, jamais l’USAP n’a parue en position de forcer le verrou toulousain. Et le différenciel de puissance et d’organisation entre les deux équipes pourrait même laisser à notre staff la possibilité de porter plainte pour abus de faiblesse. Mais notre Top 14, comme toute compétition de haut niveau, ne tolère pas ce genre de choses, et notre staff, s’il a un verdict similaire sur l’équipe, ne s’abaisserait pas à ce genre de procédure. L’USAP présente des faiblesses criantes sur les bases des lois du rugby, on le sait, il s’agit maintenant de se mobiliser et d’assurer les obligations légales du club, à savoir rester dans l’élite en imposant notre loi sur notre juridiction. Ce ne sera pas simple, mais on n’imagine pas l’USAP ostracisé de cette élite qu’elle n’a jamais quittée. Les deux semaines de pause qui s’annoncent doivent servir à reprendre les fondamentaux, et à éviter ce couperet dont personne n’ose imaginer la réalité.

LA Chronique d’Els de P@ris : LA TÊTE ET LES C… (FCG-USAP, 17e journée) 

Ce n’’est rien de dire que la fin de la campagne européenne de notre USAP a davantage tenu du cauchemar que du conte de fées. À la chronique d’une élimination programmée, il a fallu ajouter le drame de notre meilleur ¾ et une défaite qui, toute dénuée d’enjeu qu’elle fût, n’en reste pas moins en travers de la gorge par son ampleur et la façon dont elle a cruellement mis en lumière les carences de notre équipe, tout en accentuant les maux de têtes que procurent inévitablement neuf défaites en dix matches.
Il devient de plus en plus difficile de garer la tête froide, que ce soit chez nos joueurs, nos dirigeants, nos supporters. Difficile de savoir exactement de quoi relève le manque de bulbe, qui n’est pas nouveau chez nos joueurs, mais aussi l’apparent manquent de conviction, pour ne pas filer une métaphore légèrement en dessous de la ceinture, ce qui est nettement plus inédit en pays catalan : de joueurs niant l’identité de leur club, remarques xénophobes à l’appui (pourtant, Catalans et non-Catalans se trouvent indifféremment parmi les joueurs encensés ou décriés), ou ne se retrouvant plus dans l’ambitieux (trop ?) projet du staff, ou simplement dans une crise de confiance et pas préparés dans leur tête à jouer leur survie tous les week-ends ?
Quoiqu’il en soit, la situation est grave, d’autant que le terrain de Lesdiguières n’était pas en cette saison l’endroit idéal pour se remettre la tête à l’endroit. Quoique… La certitude d’une magistrale volée si jamais nos joueurs ne répondaient pas présent pouvait également servir d’électrochoc, comme on l’a vu quelques fois cette saison. En attendant, Marc Delpoux avait concocté le XV le plus sévèrement burné possible, pendant que tout le peuple usapiste, du Café Six à Perpignan en passant par Lesdiguières, se prenait le chou en se demandant si, à défaut de voir l’USAP reprendre le fil de son jeu, elle allait retrouver assez de testostérone pour survivre dans ce Top 14.

Sur l’entame du match, on pouvait au moins être rassuré sur ce point : nos joueurs mettaient immédiatement la pression sur leurs adversaires, et même si notre capitaine sacrifiait à son péché mignon en touche, nos avants semblaient prêts à mettre la tête là où ils n’osaient presque plus mettre le pied, ce qui permettait à James Hook d’ouvrir rapidement le score, même si on aurait espéré mieux de cette séquence, d’autant que le renvoi remettait, comme souvent, nos adversaires à hauteur. Dans l’ensemble, nos joueurs semblaient bien dans le match, pleins de volonté et d’envie, mais d’une envie très brouillonne, à l’image d’un Leo ou d’un Perez omniprésents, d’un Tom Ecochard très actif, mais se précipitant parfois et se faisant finalement coffrer au sol par des Grenoblois défendant autant avec leur cerveau qu’avec leurs muscles.
Tout cela nous amenait au quart d’heure de jeu, avec une pénaltouche pour les Isérois qui ne paraissait pas représenter un danger immédiat. Et pourtant… Nos joueurs semblaient se détacher du maul, afin de réaliser une tactique défensive éprouvée… à condition d’avoir une tête de pont pour écrouler ledit maul. Faute de cela, nos adversaires ne se faisaient pas prier pour foncer dans l’en-but, et l’exclusion temporaire de Roodt coupable de ne pas avoir gardé la tête froide ne changeait rien à l’affaire : nos joueurs s’étaient faits avoir comme des bleus…
On aurait pu se dire que la supériorité numérique allait permettre de se remettre sur pied. Hélas, nos joueurs, si on ne pouvait pas leur enlever une combativité retrouvée, ressemblaient à des élèves répétant sans arrêt la même leçon sans jamais réussir à la retenir : du jeu, des passes, mais du désordre dans l’organisation, un jeu au sol totalement inefficace, avec énormément de joueurs consommés pour rien, et les grosses pinces grenobloises qui avaient, elles, leur partition bien en tête, n’avaient qu’à ramasser les pénalités pour nous mettre sous pression. Et l’USAP ne devait son salut qu’à une charnière peu inspirée et à une touche défaillante côté isérois, alors qu’elle multipliait les offensives, mais toujours ponctuées d’une erreur ou d’une maladresse, à tel point que certains commentateurs particulièrement cruels auraient pu y voir la course de poulets sans tête. Mais bon, la mi-temps arrivait, avec un léger retard, mais on pouvait au moins se dire qu’à défaut de faire travailler son cerveau, notre équipe avait retrouvé une âme et une paire de c…, ce qui lui permettait de résister à des Isérois pas beaucoup plus inspirés et d’espérer pour la suite. Pas de quoi avoir la tête dans les étoiles, mais de quoi espérer en finir avec cette crise de la masculinité qui touche notre équipe depuis trop longtemps…

Encore fallait-il garder tous nos esprits lors de la reprise, ou sinon nos adversaires ne se priveraient pas de taper vigoureusement là où ça fait mal. Le second acte démarrait un peu comme s’était achevé le premier, avec un festival de courses désordonnées, de turnovers, et de relances hasardeuses qui auraient fait tourner la tête de tout stratège de ce jeu à tendance anglo-saxonne « je deviens fou si je n’applique pas les 20 temps de jeu mis en place à l’entraînement ». Or, à ce jeu, nos protégés semblaient faire mieux que relever le défi, avec en tête de pont un David Marty qu’on n’avait pas vu aussi saignant offensivement depuis un moment. Et si Grenoble avait d’abord profité du joyeux bordel ambiant, c’était notre buteur gallois qui ramassait le mieux la mise, et ramenait nos couleurs à quatre petits points. L’USAP faisait mieux que tenir tête, et nos joueurs n’étaient pas ridicules au concours de qui a les plus grosses (velléités de victoire, bien entendu), alors que Grenoble est connu pour en avoir des conséquentes, surtout sur son territoire…
Hélas, si nos joueurs semblaient avoir refait le plein d’hormones mâles, les neurones allaient commencer par manquer à l’appel. Si la faute grossière d’un Vaha qui ne semble plus savoir comment être agressif sur un terrain s’avérait sans conséquence, c’était à notre capitaine qu’on devait le tournant du match, avec une charge aussi idiote qu’inutile en marge d’une attaque inoffensive . On ne rappellera pas l’étymologie du mot capitaine pour ne pas être cruel, mais de la part de celui qui doit guider les troupes, donner l’impression de ne plus avoir la lumière à tous les étages, en plus de lancers confondant les deux parties du corps masculin qui donnent leur titre à cette chronique, c’est quand même dur à digérer. D’autant que la sanction tombait tout de suite, l’USAP diminuée se prenant un maul d’école.
On avait l’impression de revoir le même film pour la énième fois, d’autant que nos adversaires avaient très vite compris que c’était le moment de nous mettre la tête sous l’eau, et que notre grand Tao, jusque-là exemplaire, pétait les plombs à son tour, décidé à refaire la cabine de son vis-à-vis, ce qui lui valait un carton jaune qu’on pouvait trouver indulgent. Aucune indulgence à attendre de la part des Isérois, qui nous montraient à quel point ils avaient bien appris leur leçon par cœur avec un nouveau maul gagnant. 25-9, la cause semblait une nouvelle fois entendue, d’autant que notre fer de lance Pedro sortait la tête à l’envers et que notre buteur ratait une pénalité facile…

On pouvait alors facilement imaginer que nos joueurs allaient se dégonfler et lâcher l’affaire, laissant le FCG la tête dans les étoiles et nous dans la mouise au moins jusqu’à l ‘entrejambe… Pourtant, l’équipe continuait à tenter, toujours avec autant de désordre, notamment dans le jeu au sol (il est quand même cruel de voir sur une action un ballon sortir difficilement sous le regard passif de toute la première ligne…), et un coup de pied de Hook ressuscitait l’espoir d’accrocher au moins un point. Et avec un Leo infatigable dans le rôle du couillu en chef, l’apport précieux du banc, Karl Château en tête. Et même si on devait à ce que Vanderglas ne levait pas la tête de rester dans le match, nos protégés laissaient tout sur la pelouse, hélas sans récompense, pensait-on… jusqu’à la sirène !
Une ultime offensive lancée par Allan, impeccablement relayée par Strokosch qui montrait que faire des passes en ayant fixé son vis-à-vis, c’st quand même nettement plus utile, et conclue par Château qui montrait qu’il avait une tête bien faite, en négociant parfaitement une feinte de passe pour aller plonger dans l’en-but. Il restait à Tommy Allan à passer en moyenne position la transfo du bonus, ce qu’il faisait, gardant la tête froide malgré son jeune âge.

On a retrouvé un peu de notre USAP du côté de l’Isère : de l’envie, de la volonté de se battre, mais dans le désordre et l’indiscipline. Au final, on se dit qu’avoir arraché ce point chez une équipe en pleine confiance, sans avoir rien lâché, va nous faire énormément de bien. De l’autre, on se dit, un peu comme à Paris, qu’avec un peu de plomb dans la tête, on avait tout ce qu’il fallait pour remporter ce match face à des Isérois qui sont loin d’avoir notre potentiel, mais qui savent utiliser le leur avec pragmatisme.
Peut-être est-ce ce qui manque à notre USAP, peut-être que ceux qui trouvent que notre staff s’entête avec un projet de jeu inadapté au Top 14 et à nos joueurs sont dans le vrai. Mais quoiqu’il en soit, nos joueurs doivent maintenant baisser la tête et tout donner pour éviter de devoir la mettre sur le billot au soir de la dernière journée. Cela passe par une victoire contre le Racing dans deux semaines, pendant un Tournoi qui va nous prendre jusqu’à notre dernier ouvreur. Nul doute que pour ce match, en avoir d’énormes ne suffira pas sans un peu de jugeote. Mais si on commence à retrouver ce qui est la base de tout rugby, et du catalan en particulier, on peut espérer que tout le monde, staff, joueurs et supporters retrouve rapidement ses esprits pour pousser ensemble !

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